Qu’est-ce qu’un guide de voix et comment en élaborer un
C’est moi où tout le monde sonne un peu pareil, ces temps-ci, sur le web ?
Pour se différencier de la masse et avoir une présence unique, qui te ressemble, c’est important de se doter d’un guide de voix. Quand je commence un nouvel accompagnement en ghostwriting, c’est l’une des premières étapes sur laquelle on planche avec mes client·e·s.
C’est tout un art que d’écrire à la place de quelqu’un d’autre tout en respectant ses préférences et sa manière habituelle de communiquer. Plusieurs défis peuvent survenir en cours de route : la personne aime une certaine manière de communiquer, mais qui n’est pas efficace selon ses objectifs, ou encore, elle ne sait pas trop ce qu’elle veut, ce qu’elle aime…
Bref, mon objectif, c’est de travailler de pair avec mon·ma client·e afin de définir tout ça avant même de commencer à écrire pour lui ou elle. Trouver le compromis, la voix juste, qui sonnera « comme la personne », mais en même temps, qui lui permettra d’atteindre ses buts.
Alors, que contient un guide de voix ?
Le ton : chaleureux, direct, inspirant, posé, avec une touche d’humour ou d’autodérision… C’est la couleur émotionnelle de ta communication. « Arrête de procrastiner pis lance-le, ton projet » et « Et si aujourd’hui était le bon moment pour te lancer ? » disent la même chose, mais ne créent pas du tout la même vibe.
Le registre de langue, ou le niveau de formalité : familier, courant, soutenu, littéraire… Pour parler d’une difficulté, est-ce que tu dirais « j’ai frappé un mur », « j’ai rencontré un obstacle » ou « j’ai été confrontée à une embûche » ? Les 3 sont corrects, mais chacun présente une personnalité différente.
Le rythme et la longueur des phrases : phrases courtes et punchées, phrases plus longues… Certaines personnes écrivent de manière plus aérée, une idée par ligne, pour donner du punch. D’autres préfèrent des phrases plus amples, qui prennent le temps de développer tout en nuances. Ton rythme, c’est ta signature autant que tes mots.
Tutoiement ou vouvoiement : Ça peut paraître anodin, mais ça change toute la relation que tu établis avec ton lecteur. Le « tu » crée de la proximité, le « vous » installe une distance plus respectueuse. L’important, c’est de choisir et de rester cohérent d’un texte à l’autre.
Je ou nous/on : Est-ce que tu parles en ton nom personnel, ou au nom d’une équipe, d’une entreprise ? Le « je » humanise et rapproche, le « nous » donne une impression de structure et de collectif. Le choix dépend de l’image que tu veux projeter.
La posture : mentor, complice, expert, leader… C’est la place que tu occupes face à ton audience. Le mentor qui guide (« je te montre comment faire »), le complice qui partage (« voici ce que j’ai appris, ça pourrait te servir »), l’expert qui vulgarise, le leader qui ouvre des réflexions... Ta posture détermine le lien que tu bâtis, bien au-delà des mots choisis.
Les expressions fétiches et les mots à bannir : Chaque personne a ses tics de langage qui la rendent reconnaissable, et des mots qui la font grincer des dents. Les nommer, c’est s’assurer que ta voix reste fidèle à toi (et qu’on évite le mot que tu détestes en secret !).
L’utilisation d’anglicismes, d’expressions québécoises/françaises, de slang : Est-ce que tu dis « meeting » ou « réunion » ? « C’est le fun » ou « c’est agréable » ? Ces choix-là ancrent ton texte dans une réalité culturelle bien précise et participent à te rendre authentique.
Les émojis utilisés (eh oui, on va carrément jusque-là !) : Aucun, beaucoup, juste quelques-uns en fin de ligne, et si oui, lesquels ? Les émojis font partie du langage, surtout en ligne. Définir lesquels te conviennent (et lesquels ne te ressemblent pas du tout), ça évite les fausses notes.
Et toi, ta voix, elle ressemble à quoi ?
Le guide de voix, c’est un outil que je bâtis avec mes client·e·s, mais tu n’as pas besoin d’engager quelqu’un pour profiter de la réflexion.
Je t’invite à prendre quelques minutes pour te poser ces questions simples :
- Comment qualifier le ton que tu utilises habituellement ?
- Quel registre te vient naturellement quand tu parles de ton expertise ?
- Quelle posture veux-tu adopter face à ton audience ?
- Est-ce que tu vouvoies ou tu tutoies ? Es-tu constant·e dans ta manière de t’adresser à tes lecteurs ?
Tu verras, mettre ces choix par écrit change tout. Ça t’évite de te réinventer à chaque publication, ça rend l’écriture plus fluide et ça donne une cohérence à ta présence en ligne. Et crois-moi, les lecteurs apprécient la cohérence ! 😀
C’est encore plus précieux quand plusieurs personnes se partagent les communications. Par exemple, quand l’équipe marketing, la direction et parfois même des collaborateur·trice·s externes prennent la parole au nom de la même marque, le guide de voix devient le fil conducteur qui assure que tout le monde écrit de manière cohérente.
Sans lui, chacun·e y va de sa propre interprétation, et la marque finit par sonner comme 5 personnes différentes (parce que c’est exactement ce qui se passe en coulisses !).
Bref, que tu écrives seul·e ou en équipe, ta voix mérite d’être définie. C’est elle qui fait qu’on te reconnaît, qu’on te lit et qu’on te fait confiance.
FAQ
C’est quoi, un guide de voix ?
C’est un document qui rassemble tous les choix qui définissent ta manière de t’exprimer : ton ton, ton registre de langue, ta posture, tes expressions fétiches, ta façon d’utiliser (ou non) les émojis... Bref, tout ce qui fait qu’un texte sonne « comme toi » plutôt que comme n’importe qui d’autre. C’est un peu la carte d’identité de ta voix, celle qu’on peut consulter avant d’écrire pour rester fidèle à soi-même d’un texte à l’autre.
Est-ce que j’ai vraiment besoin d’un guide de voix si je suis seul·e à écrire ?
Oui, et c’est même là qu’il rend les plus grands services. Quand on écrit seul·e, on a tendance à croire que notre voix est naturelle et qu’elle restera stable d’un texte à l’autre. Dans les faits, ton humeur du jour, le sujet ou la plateforme peuvent te faire dévier sans que tu t’en rendes compte. Mettre tes choix par écrit, c’est te donner un point de repère pour rester toi-même, même les jours où l’inspiration joue à cache-cache.
Combien de temps ça prend pour en créer un ?
Ça dépend de ton niveau de clarté au départ. Certaines personnes savent déjà exactement comment elles veulent sonner et l’exercice prend une heure ou deux. D’autres ont besoin de tester, d’écrire quelques textes, de voir ce qui sonne juste et ce qui sonne faux. L’important, c’est de commencer avec une première version, quitte à la peaufiner en cours de route.
Est-ce qu’un guide de voix, c’est figé une fois pour toutes ?
Pas du tout. Ta voix évolue avec toi, avec ton entreprise, avec ton audience. Un bon guide de voix se bonifie au fil des publications et des retours que tu reçois. Vois-le comme un document vivant que tu ajustes, pas comme un contrat coulé dans le béton.
Quelle différence avec une ligne éditoriale ?
La ligne éditoriale répond à la question « de quoi je parle ? » : tes sujets, tes thématiques, tes piliers de contenu. Le guide de voix, lui, répond à « comment j’en parle ? ». Les deux sont complémentaires, mais ce n’est pas la même chose. Tu peux avoir une ligne éditoriale béton et quand même sonner générique si ta voix n’est pas définie.
Est-ce que ça suffit vraiment à ne pas sonner IA ?
Un guide de voix ne fait pas le travail tout seul, mais c’est ta meilleure police d’assurance. Ce qui rend un texte générique, c’est l’absence de choix assumés : un ton lisse, des formulations passe-partout, zéro aspérité. Plus ta voix est définie, plus tu (ou ton ghostwriter, ou ton équipe) écris avec des choix précis qui te ressemblent. Et ça, aucune machine ne peut l’inventer à ta place.
Par où je commence si l’exercice me semble intimidant ?
Reprends 2-3 textes que tu as déjà écrits et que tu aimes vraiment. Demande-toi ce qui te plaît dedans : le ton ? Le rythme ? Une expression que tu emploies souvent ? À l’inverse, repère un texte qui ne te ressemble pas du tout. Ce contraste-là t’en apprendra souvent plus que n’importe quelle théorie.