Les règles de storytelling de Pixar
Si vous êtes un·e millénial comme moi, vous avez probablement grandi avec Histoire de jouets ou Trouver Némo qui jouent constamment en arrière-plan dans le salon. (L’époque où la plus grosse source de stress, c’était de savoir si Woody allait finir dans le sac de jouets… ahhhh, simpler times !)
Le studio d’animation Pixar, qui existe depuis plus de 25 ans, a vraiment la petite touche magique pour créer des histoires qui marquent et traversent les générations.
Ce succès n’est pas un hasard : le studio applique une série de règles de storytelling simples, mais redoutablement efficaces. Emma Coats, ancienne storyboardeuse (aucune idée comment traduire ça correctement en français…) chez Pixar, a dévoilé ce qui est aujourd’hui connu comme les « 22 règles de storytelling de Pixar », une synthèse puissante des meilleures pratiques de narration issues de l’expérience du studio.
Des principes qui, même s’ils ont été formulés dans un contexte cinématographique, devraient être affichés au mur de n’importe quel créateur·rice de contenu, entrepreneur·e ou auteur···rice.
Que vous écriviez des romans, des posts LinkedIn, des scripts vidéo ou des infolettres, voici ces 22 règles, à garder précieusement !
1. On admire un personnage pour ses efforts plus que pour ses réussites
Ce qui touche le public, ce n’est pas la perfection, mais la persévérance et la vulnérabilité. Alors, permettez-vous de parler de vos doutes, de vos échecs et de vos remises en question.
Dans Toy Story, ce qui rend Woody attachant, ce n’est pas qu’il soit le chef des jouets, mais qu’il lutte pour garder sa place, fasse des erreurs et apprenne à faire confiance à Buzz.
2. On doit penser à notre audience avant de penser à ce qu’on a envie d’écrire
On a parfois envie d’écrire une histoire pour 1001 raisons, mais est-ce que c’est vraiment ce que votre audience a envie ou besoin de lire ? Est-ce que ça résonne vraiment avec elle ? Pensez toujours à votre audience en premier.
3. Essayer de définir le thème est important, mais celui-ci apparaîtra clairement seulement en fin de projet.
C’est exactement ce que Stephen King explique dans son livre On writing : A Memoir of the Craft. Le thème apparaît clairement en fin de parcours, à la relecture de notre première version. En ayant ce thème en tête, on peut procéder à une réécriture plus exhaustive par la suite.
4. Il était une fois ___. Chaque jour, ___. Un jour, ___. À cause de ça, ___. À cause de ça, ___. Jusqu’à ce que finalement ___.
C’est la structure narrative type de Pixar, qui permet une montée en tension captivante. Inspirez-vous-en pour la création de vos histoires !
Exemple : Il était une fois un poisson-clown anxieux appelé Marlin. Chaque jour, il protégeait son fils Nemo. Un jour, Nemo est capturé par un plongeur. À cause de ça, Marlin doit traverser l’océan, affronter ses peurs, rencontrer Dory et braver de nombreux dangers. Jusqu’à ce que, finalement, il retrouve Nemo et comprend qu’il doit lui faire confiance.
5. Simplifiez
Combinez des personnages, coupez des détours inutiles… Bref, gardez ça simple. La simplicité vous permettra d’être plus libre dans votre créativité.
6. Dans quel genre de situation votre personnage est-il le plus à l’aise ? Mettez-le dans la situation inverse
Et voyez comment il s’en sort ! Un peu sadique, mais ça permet de créer de la tension narrative.
7. Trouvez la fin avant le milieu
La fin est la partie la plus difficile à écrire d’une histoire. La trouver dès le début vous aidera à orienter le reste de l’écriture.
8. Terminez votre histoire
C’est tellement tentant parfois d’abandonner en cours de route ! Complétez-la même si elle vous semble imparfaite. En vrai, on peut retravailler une histoire, comme toute œuvre artistique, pendant toute une vie… jamais elle ne sera parfaite. C’est le propre de l’art.
9. Si vous êtes bloqué·e, faites une liste de tout ce qui ne pourrait PAS arriver dans votre histoire.
Cela vous aidera à y voir plus clair et à débloquer le récit.
10. Décortiquez les histoires que vous aimez
Si une histoire vous touche, qu’il s’agisse d’un roman ou d’un post LinkedIn, ce n’est jamais un hasard. Analysez-la. Qu’est-ce qui fonctionne ? Le rythme ? Les personnages ? Le conflit ? Ce que vous admirez chez les autres révèle ce que vous souhaitez développer dans vos propres récits.
11. Mettez vos idées sur papier pour vous en libérer
Tant qu’une idée reste dans votre tête, elle semble parfaite, mais impossible à améliorer. L’écriture lui donne une forme concrète et vous permet enfin d’y travailler. J’ajouterais que noter vos idées permettra de vous libérer un peu le cerveau (on en a tous bien besoin ces temps-ci, non ?)
12. Éliminez vos premières idées… puis les suivantes
Les premières idées sont souvent les plus évidentes. Les meilleures idées arrivent après. Osez pousser plus loin, surprendre, prendre un virage inattendu.
13. Donnez des opinions à vos personnages
Un personnage sans angle ni position est un personnage fade. Donnez-leur des opinions, même imparfaites. C’est ce qui les rend crédibles, humains et vivants.
Dans Là-haut, Carl a une vision très tranchée de la vie et du changement. Cette rigidité le rend humain, imparfait, mais profondément attachant.
14. Pourquoi voulez-vous raconter cette histoire, maintenant ?
Quelle conviction ou message profond vous pousse à écrire ce récit, cet article de blogue ou ce post LinkedIn ? C’est votre carburant narratif. Si vous n’êtes pas clair·e là-dessus, l’histoire manquera de force.
15. Si vous étiez votre personnage, comment vous sentiriez-vous ?
L’honnêteté émotionnelle donne du poids au récit. Les réactions doivent être vraisemblables, naturelles et non dictées par la mécanique d’un scénario.
16. Clarifiez les enjeux : qu’arrive-t-il si votre personnage échoue ?
On a besoin d’une raison forte pour s’attacher à un personnage. Quels sont les risques pour lui ? Qu’a-t-il à perdre ? Plus les enjeux sont élevés, plus l’audience s’investit émotionnellement.
Dans Les Incroyable, si Bob continue de cacher sa double vie, il met en péril sa famille. Les enjeux personnels et collectifs sont très élevés, ce qui renforce l’implication du spectateur.
En rédaction Web, les enjeux correspondent au bénéfice ou à la conséquence pour l’utilisateur : que perd-il s’il n’agit pas ? Cette clarté d’enjeu renforce l’appel à l’action (CTA).
17. Aucun travail n’est jamais perdu
Si une idée ne fonctionne pas dans votre histoire actuelle, laissez-la de côté. Elle reviendra peut-être ailleurs, plus tard, sous une forme inattendue.
18. Connaissez-vous vous-même
Il y a un moment où retravailler devient contre-productif. Une histoire se teste, se confronte, se partage. Ce n’est pas un bijou qu’on polit éternellement. Apprenez à reconnaître quand votre perfectionnisme vous freine plutôt qu’il ne vous élève.
19. Les coïncidences peuvent créer des problèmes, mais ne doivent jamais résoudre l’histoire
Une solution basée sur la chance enlève toute crédibilité. La résolution doit venir du personnage lui-même.
20. Exercez-vous : prenez les blocs narratifs d’une histoire que vous n’aimez pas et réorganisez-les
C’est un excellent entraînement pour comprendre ce qui fonctionne dans un récit, et pourquoi.
21. Identifiez-vous à vos personnages, mais ne les excusez pas
Comprenez leurs motivations et leurs émotions, mais ne les protégez pas. Laissez-les agir, même quand c’est imparfait.
22. Trouvez l’essence de votre histoire, sa version la plus simple
Si vous êtes capable de raconter votre histoire en une seule phrase claire, vous connaissez son cœur. Ensuite, tout doit s’y rattacher.
Les règles de storytelling de Pixar : des principes desquels s’inspirer pour créer
Les règles de storytelling de Pixar sont des piliers narratifs universels. Elles rappellent que les meilleures histoires naissent de l’authenticité, de la vulnérabilité et d’une structure claire. En les appliquant, vous donnerez à vos récits, qu’ils soient personnels, professionnels ou fictionnels, une profondeur émotionnelle et une puissance de connexion inégalées.
Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi les règles de storytelling de Pixar sont-elles si efficaces ?
Parce qu’elles sont ancrées dans l’émotion humaine. Pixar construit ses récits autour de conflits réels et de personnages imparfaits, des éléments auxquels tout le monde peut s’identifier.
Puis-je appliquer ces règles à du contenu autre que des films ?
Absolument. Que vous écriviez un post LinkedIn, une infolettre, un pitch de vente ou un script vidéo, ces règles vous aideront à structurer vos idées et à connecter émotionnellement avec votre audience.
Faut-il suivre toutes les 22 règles de storytelling à la lettre ?
Non, elles sont des lignes directrices, pas des lois immuables. Utilisez celles qui résonnent avec votre projet et votre style. Le plus important, c’est de rester authentique.
Est-ce que ces règles peuvent être appliquées au marketing ou au copywriting ?
Oui, elles sont particulièrement utiles pour le storytelling de marque, les pages à propos, les pages de vente ou encore, les campagnes de publicité. La structure narrative (règle 4) fonctionne très bien pour des cas clients ou des vidéos.
Comment puis-je m’exercer au storytelling ?
Analysez les histoires que vous aimez, réécrivez des récits existants ou créez à partir de contraintes. La pratique régulière affinera votre instinct narratif.
Pour aller plus loin…
Le livre Creativity, Inc. de Edwin Catmull (cofondateur de Pixar)